Un de mes endroits préférés à Londres reste sans conteste le Tate Modern Museum. Si tu as déjà eu l’occasion de te rendre dans la capitale anglaise, tu as sûrement dû apercevoir cette grande usine désaffectée dont la cheminée centrale domine fièrement la Tamise. À première vue, rien ne t’incite à pénétrer dans cet immense bâtiment un peu austère et pas vraiment avenant. Et pourtant ! Ce musée abrite la plus grande collection d’œuvres d’art moderne et contemporain de la capitale ! On peut y admirer entre autres les créations de Salvador Dali, Juan Miro, Andy Warhol ou encore Constantin Brancusi. Du beau monde quoi ! En dehors de ces expositions permanentes (et gratuites !), le Tate Modern accueille également chaque année des expositions temporaires, qui sont généralement incontournables. Comme The World Goes Pop, exposition que j’ai eu la chance de découvrir et qui m’a littéralement bluffée !

Le Pop Art est mort, vive le Pop Art !

Souvent, lorsqu’on entend « Pop Art », on pense tout de suite aux portraits ultra-colorés de Andy Warhol, ou aux toiles façon comics de ce bon vieux Roy Lichtenstein. Je pensais avoir tout vu, et tout connaître de ce mouvement américain et britannique né dans les années 60 prenant pour cible la société de consommation. Limite, j’étais déjà ballonnée avant même d’entrer dans la galerie, comme si j’allais remanger un plat que j’avais déjà ingéré la veille au soir. Finalement, mon estomac s’est dénoué quand je me suis rendue compte que cette exposition abordait une toute autre facette du Pop Art, bien loin des boîtes de conserves de ce cher Andy Warhol. Cette exposition te fait oublier tout ce que tu pensais connaître du Pop Art, et le réduit même à néant. Pour s’en rendre compte, il suffit de contempler les peintures à l’huile des Russes Vitaly Komar et Alexander Melamid trônant fièrement à la fin de l’exposition. La première montre une boîte de coupe Campbell en piteux état, totalement carbonisée et défoncée. L’autre toile affiche un fragment de ce que l’on devine être une imitation d’une des toiles de Lichtenstein, elle aussi brûlée. Le message est on ne peut plus clair : « le Pop Art est mort. Vive le Pop Art ! ».

Si Andy et Roy sont morts, ou du moins absents de cette exposition, alors qui sont ces artistes exposés qui ont osé décapiter les monarques du Pop Art ? Et bien personne, ou du moins personne de connu. Des artistes révolutionnaires dont tu n’as jamais entendu parler, et moi non plus d’ailleurs. Un vent d’air frais qui fait beaucoup de bien, même dans une ville aussi froide que Londres.

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The EY Exhibition : The World Goes Pop – Natalia LL

 

The World Goes Feminist 

Pour tout vous dire, ce qui m’a réjouie le plus, c’est l’importance accordée au statut de la femme au sein de l’exposition. Ce n’est un secret pour personne, les rois du Pop Art ont toujours été un peu sexistes sur les bords, et prenaient un malin plaisir à vulgariser la femme et à l’afficher comme un simple objet prêt-à-consommer (qu’ils justifiaient par l’ironie et le sarcasme. Hum hum). Pendant que Andy immortalisait les icônes glamour de l’époque comme Marilyn ou Audrey, que Mel Ramos s’amusait à coller des pin-up dénudées sur des publicités, le tonnerre a commencé à gronder du côté des artistes femmes qui voyaient d’un très mauvais œil le traitement infligé à leurs consœurs. Il aura fallu près d’un demi-siècle pour que les œuvres de ces féministes soient redécouvertes, voire même carrément découvertes pour certaines d’entre elles, et que le Tate Modern leur fasse la part belle.

Parmi ces créations, celles de Nicola L qui a décidé de prendre le Pop Art au mot et de transformer la femme en véritable objet, une bonne fois pour toute. C’est donc à travers un sofa en vinyle (Women Sofa, 1968) que l’on peut retrouver les courbes généreuses de la femme et s’y lover quand la solitude se fait sentir. Non loin de cet étrange canapé, les photomontages d’Eulalia Grau, l’une des pionnières de l’art féministe en Espagne, attirent l’attention. Une en particulier. Sur l’un des tirages de la série Ethnographies (1973), le visage d’une femme comprimée dans le coffre d’une voiture, semble nous hurler quelque chose, un appel à l’aide sans doute. Un cri silencieux, mais tout de même perçant qui traduit le malaise des femmes de l’époque dans une société exclusivement dominée par des hommes. Toutes ces œuvres féministes et féminines sont d’ailleurs regroupées dans une seule et unique salle peinte en rose bonbon, la plus grande de l’exposition.

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The EY Exhibition : The World Goes Pop – Eulàlia Grau « Panic » (Ethonography) 1973

 

Le sexe féminin dans toute sa splendeur

Seule Jana Zelibska a droit à sa propre salle. L’artiste slovaque a en effet choisi d’attirer l’attention sur le sexe féminin en créant un gigantesque luminaire baptisé Kandarya-Mahadeva, en référence au temple indien éponyme, réputé pour ses sculptures érotiques. En pénétrant à l’intérieur (de l’installation, je précise), le spectateur se retrouve entouré de nombreux corps dévêtus de danseuses, où l’appareil génital est remplacé par des miroirs, ne laissant plus aucune place au voyeurisme. Apercevoir le reflet de son visage entre les cuisses de ces femmes est une expérience tout à fait unique, et un peu déstabilisante, vous pouvez me croire !

Toutes ces artistes ont utilisé le Pop Art pour refléter, critiquer, railler les stéréotypes machistes et sont enfin sorties du cadre pour prouver qu’elles n’étaient pas seulement des produits destinés à contenter les désirs de ces messieurs, mais bel et bien des êtres humains dotés de raison… et de créativité ! La ménagère peut donc enfin lâcher son aspirateur, et les pin-up leur petite culotte pour arracher leur muselière et enfin crier au monde : « Who Run The World ? »

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The EY Exhibition : The World Goes Pop – Nicola L « Little TV Woman : ‘I Am The Last Woman Object’  » 1969

 

The Ey Exposition : « The World Goes Pop » au Tate Modern Museum de Londres, du 17 septembre 2015 au 24 janvier 2016.