Quand l’amour se conjugue au pluriel

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Loin du schéma de la relation traditionnelle amoureuse qui se vit à deux, certaines personnes ont décidé de réinventer le couple… à plusieurs ! On les appelle, les polyamoureux.

Et si l’amour n’était pas seulement le résultat de l’addition 1+1, mais bien celui d’une équation à plusieurs inconnues ? Parmi les différentes façons de vivre une relation amoureuse, le polyamour reste une pratique très marginale, mais qui émerge de plus en plus dans notre société. Derrière ce terme expérimental se cache en réalité un concept simplissime : celui de l’amour multiple ! Ce phénomène n’a rien de nouveau puisqu’il a déjà été mis en lumière par le cinéma dans le film « Jules et Jim » de François Truffaut, et plus récemment dans « À trois on y va » de Jérôme Bonnell sorti en mars dernier. Des histoires d’amour à trois qui ont leur place dans les salles obscures, mais qui ont pourtant du mal à percer à la lumière du jour.

Le polyamour peine à se frayer un chemin dans nos moeurs qui voient d’un mauvais oeil la démocratisation de l’infidélité, et est souvent amalgamé au libertinage, à tort ! « Chez les libertins, ce qui se passe en dehors du couple, c’est essentiellement du sexe, tandis que chez les polyamoureux, c’est de l’amour » précise Alain Héril, sexologue et psychanalyste. Le libertinage serait donc exempt de tous sentiments et ne serait pratiqué que pour assouvir les désirs charnels, tandis que le polyamour tendrait plutôt au contraire à privilégier les sentiments amoureux. « Il y a autour de moi quelques personnes dont je peux dire que je suis amoureux, mais je n’ai aucune envie de coucher avec elles, témoigne François, adepte du polyamour depuis environ un an. Pourquoi ? Parce que je n’arrive pas à les voir comme des personnes sexuées, mais je suis sûr que ce que je ressens pour elles c’est de l’amour, et non pas de l’amitié. Pour moi, le plus important dans une relation ce sont les sentiments, pas le sexe. »

L’amour à trois… ou plus

À en entendre François, certaines personnes seraient donc capable d’aimer non pas juste une personne, mais plusieurs à la fois, comme nous le confirme Alain Héril « l’exclusivité amoureuse, tout le monde a l’impression que c’est quelque chose de génétique et qui est normal, mais il faut savoir que le polyamour existe depuis bien plus longtemps que l’amour exclusif. Dans le polyamour, il y a vraiment l’idée que l’on peut aimer plusieurs personnes en même temps. Il y a d’ailleurs un terme qui est très particulier et presque antinomique qu’il faut ajouter au polyamour, c’est la polyfidélité. Dans le polyamour, on peut être fidèle à plusieurs personnes. »

L’amour multiple ne se résume donc pas à un seul schéma mais laisse la voie ouverte à une infinité de combinaisons comme en atteste l’histoire de Sabine « au début, ce n’était que charnel entre Elise et moi, puis les sentiments ont fini par s’en mêler très vite. J’ai fais part de mon trouble à mon mari qui l’a très mal pris au début ! Mais petit à petit, les choses ont commencé à changer. Elise venait de plus en plus souvent à la maison, et mon mari a commencé à l’apprécier en tant qu’amie. Aujourd’hui les choses sont simples : je les aime tous les deux !« .
Ce type de relation en V, dans laquelle la personne centrale vit une histoire d’amour avec deux personnes qui n’ont entre elles ni relations sentimentales, ni relations sexuelles est une des formes de polyamour les plus répandues. Tout comme le trouple, qui désigne une histoire d’amour triangulaire où chaque protagoniste entretient une relation amoureuse avec les deux autres personnes.

Le cœur de certaines personnes est même assez grand pour y accueillir plus de trois personnes, à l’image de Luc qui affiche actuellement au compteur quatre amoureuses comme il aime les appeler « Je ne vis avec personne donc je n’ai pas de relation principale au sens polyamoureux du terme. Toutes mes relations sont potentiellement sur le même pied d’égalité. La femme avec qui je suis en relation depuis huit ans compte beaucoup pour moi, bien sûr, mais les trois autres aussi, même si je les ai rencontrées plus tard ! Elles entretiennent toutes des relations cordiales. Il arrive même parfois que l’on organise des dîners ensemble chez l’une d’entre elles « .

Bien qu’elles soient toutes différentes, les histoires d’amour polyamoureuses ont un dénominateur commun : celui de l’honnêteté et de la sincérité. Deux valeurs qui sont intimement liées au polyamour dans la mesure où il se base sur la connaissance et l’acceptation de chaque personne impliquée dans la relation. « Le polyamour ne fonctionne que si les personnes impliquées dans la relation sont d’accord, souligne le sexologue. Il ne peut y avoir de relation polyamoureuse sans le consentement de chaque personne, et chacun a exactement les mêmes droits que ceux accordés aux autres. »
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Fini la jalousie, place à l’empathie

Une fois les règles bien établies et les violons accordés, les polyamoureux affirment ne tirer que des bénéfices de cette relation où la jalousie semble être anecdotique « La jalousie est bannie de notre relation, confirme François. Ou du moins, la jalousie amoureuse. Ma copine est parfois jalouse, mais d’une manière envieuse. C’est-à-dire que si je vais voir un film avec quelqu’un d’autre alors qu’elle voulait éventuellement aller le voir avec moi, elle va être jalouse de la personne. Non pas parce qu’elle couche avec moi, mais parce qu’elle passe du temps avec moi alors qu’elle se sentait un peu seule à ce moment là. Il n’y a pas du tout de notion d’appartenance. »
Pour Alain Héril, « la jalousie n’a rien à faire dans une relation polyamoureuse parce que l’on sait que l’autre vit quelque chose qui est de l’ordre de l’amour avec quelqu’un d’autre. Il y a quand même une certaine noblesse dans le sentiment amoureux. Et de fait, comme il y a cette noblesse là, on sait qu’on ne va pas aller vers l’autre simplement pour du sexuel, mais parce qu’il y a autre chose qui est engagé. Les polyamoureux sont des personnes qui ne ressentent absolument pas la jalousie et ils sont très sincères quand ils disent cela « .

Alors que dans les couples traditionnels monogames, aller voir ailleurs est interprété comme une trahison, chez les polyamoureux on s’en réjouit ! « Quand ma copine fréquente quelqu’un d’autre, je fonctionne avec ce qui s’appelle la compersion, poursuit François. C’est sensé être l’inverse de la jalousie. Du coup, quand ma copine va voir ailleurs et qu’elle me le dit, je suis super content pour elle ! Comme si mon meilleur pote avait enfin réussi à conclure avec la nana sur laquelle il avait des vues depuis des mois et qu’il se mettait enfin en couple avec ! Et bien c’est pareil pour ma copine. Je ressens de la fierté pour elle, et ça me rend véritablement heureux.  »
Un sentiment d’empathie que seuls les polyamoureux peuvent éprouver, contrairement aux couples exclusifs qui eux, souffrent de l’infidélité.

La sérénité, un autre point commun des polyamoureux qui rapportent tous se sentir plus libres « Au début de ma vie amoureuse je me sentais étouffée, rapporte Julie. Et puis avec le polyamour, je me suis tout de suite sentie mieux car je n’avais plus le sentiment que mon compagnon reposait toutes ses attentes sur moi, avec lesquelles je n’étais pas toujours en phase. Le fait qu’il y ait d’autres personnes dans sa vie me soulage et m’assure que toutes ses envies sont exaucées. Pareil pour moi ! Si je passe un super moment avec quelqu’un d’autre, je vais revenir le lendemain matin encore plus amoureuse de mon partenaire parce que j’aurai eu le droit de m’éclater.  »

Le polyamour encore tabou

Malgré tout l’épanouissement et la liberté que peut apporter ce mode de vie, le polyamour n’est pas toujours vu d’un très bon œil par les proches, et les moins proches. « C’est normal que le polyamour soit encore très tabou, rappelle Alain Héril. Nous sommes dans un fonctionnement dont les bases morales et comportementales sont judéo-chrétiennes, donc par conséquent, ces bases là n’admettent aucun autre couple que le couple monogame. » Le poids du regard des autres s’avérerait donc parfois très pesant, et leur jugement plus cruel, surtout à l’égard des femmes. « Tous le gens me disent « ah bah ça va, tu t’embêtes pas !« , mais toujours sur un ton bienveillant, remarque Luc. Je suis conscient que les femmes polyamoureuses sont plus susceptibles de recevoir des jugements beaucoup plus cinglants. Un homme qui a plusieurs partenaires va être plutôt considéré comme un Casanova, alors qu’une femme sera tout de suite taxée de salope. »

Visiblement, l’équation amoureuse n’a pas encore été résolue par tout le monde.

 

Illustration : Hélène Garçon

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