Londres plus en avance sur son temps que Paris ?

Voilà maintenant quatre ans que je vis à Paris, et à Londres depuis seulement quatre mois. Pourtant, il ne m’a pas fallu plus de temps pour déceler les différences majeures qui existent entre les deux métropoles européennes. Paris a beau être la capitale de mon cœur, je dois avouer que Londres tire son épingle du jeu et domine la ville Lumière sur plusieurs domaines. Pour preuve, la capitale british a détrôné Paris comme la ville la plus visitée du monde. Ce n’est donc plus un train, mais bien un Eurostar que Paris a en retard. En voici les raisons : 

Des rues propres à en manger par terre

La première chose qui m’a frappée en arrivant sur le sol londonien : la propreté absolue des rues. Londres dispose de trois fois moins de poubelles publiques que Paris, pourtant il n’y a pas photo, les trottoirs sont impeccables et les caniveaux dénués de mégots. Fumeuse que je suis, j’ai dû m’efforcer de jeter mes cigarettes dans les cendriers prévus à cet effet, plutôt que sur le pavé comme j’en avais l’habitude à Paris. D’abord parce qu’être la seule à jeter son mégot dans la rue est très mal vu, et puis surtout parce que ça peut vous coûter bonbon. Si un agent municipal vous surprend en train de jeter votre clope en dehors d’une poubelle, c’est 80 livres, soit 100 euros en moins dans votre poche. Depuis le 1er Octobre 2015, Paris a pris exemple sur sa voisine anglaise en sanctionnant elles aussi les fumeurs négligents d’une amende de 68 euros. On attend de voir si le résultat sera aussi concluant que dans les rues londoniennes !

C’est que Londres ne rigole pas avec les mégots ! Depuis deux ans, la capitale britannique a renforcé son arsenal contre les fumeurs, pas toujours très soucieux de l’écologie, en diffusant d’abord un film de prévention dans lequel Londres est montrée ensevelie sous des mégots géants. Puis avec l’instauration des amendes, et enfin avec l’installation de cendriers insolites ! À l’initiative de Hubbub, les Londoniens ont pu en septembre dernier utiliser leur mégot comme bulletin de vote en participant à des sondages à deux réponses : la cigarette devait être jetée dans la case correspondant au choix du sondé !

Les rues londoniennes sont donc passées au peigne fin, tout comme les transports en commun. Le métro anglais, mondialement connu comme The Tube, est le premier métro du monde (1863). Un fait difficile à croire tant le transport en commun respire la modernité et le Monsieur Propre ! En même temps, à 4,50 pounds (environ 6 euros) le ticket de métro, il vaudrait mieux que l’odeur d’urine et les vieux journaux jetés à terre ne soient plus qu’une vieille légende urbaine. Quitte à choisir, je préfère encore baigner dans la transpiration le matin à Paris, plutôt que sentir la Javel et manger des patates tous les soirs de la semaine à Londres…

 

L’ouverture d’esprit des British

Je vais finir par croire que Picadilly le soir à partir de 23h est le seul endroit de la Terre qui soit pas touché par le réchauffement climatique. Mini-jupe sans culotte et sans collant, débardeurs sans manche (et sans soutif) et talons aiguilles sont en effet l’uniforme des jeunes (et moins jeunes malheureusement) Londoniennes, qui sortent l’artillerie lourde pour aller en boite, et ce par vents et par neiges. Et moi, emmitouflée dans mon manteau en laine, et mon bonnet, je les regarde, ou plutôt je regarde les gens autour, en attendant une réaction face à ce déballage au grand air de miches et brioches en tous genres. Et vous savez quoi ? Ils s’en foutent royalement ! On peut se balader les fesses à l’air avec le maquillage digne d’une vendeuse de parfumerie sur la tronche, les Londoniens s’en balancent ! Leur philosophie : porte ce que tu veux, maquille toi comme tu veux, à partir du moment où cela te fait plaisir.

Une absence totale de jugement qui fait l’effet d’un vent d’air frais, surtout pour une Française comme moi habituée aux carcans de la mode parisienne qui ne tolèrent que le trench et le rouge à lèvre rouge. Les Londoniens et Londoniennes se permettent toutes les folies capillaires et vestimentaires, n’entrant dans aucune des cases dans lesquelles les magazines féminins s’évertuent à nous faire entrer. Ni bobo, ni hipster, pas même preppy, la mode londonienne ne répond à aucun standard et à aucune loi, sauf peut-être à celle de la liberté !

Il en est ainsi pour la mode, mais également pour la vie sociale. A contrario de Paris, où les gens ne se mélangent pas, pas même en club, les Londoniens ont le contact humain beaucoup plus direct et ne se cantonnent pas seulement à leur groupe d’amis. Engager la conversation avec un inconnu est aisé pour les British qui ont la causette facile, et la descente rapide. Le pourquoi du comment, surement !

 

Big Brother is watching you

Je sais bien que le peuple français est depuis toujours attaché à sa liberté, et la revendique avec fierté. Mais ne serait-il pas temps de revoir nos principes et songer à envoyer des flics dans la rue et installer des caméras de surveillance un peu partout dans la ville, surtout après les terribles évènements du 13 novembre ? La sécurité à Paris n’est qu’illusion, et l’on a vite fait de se retrouver sans iPod ni porte-monnaie à la sortie du métro. Aujourd’hui, j’en suis réduite à choisir mes sacs non plus en fonction de leur esthétique, mais bien au nombre de zips et poches intérieures qu’ils comprennent. Pareil pour ma tenue globale, finalement. En optant pour une mini-jupe ou un chemisier un peu décolleté, je peux déjà parier dès le matin sur le nombre de remarques que je vais me coltiner tout au long de la journée. Des allusions pas souvent méchantes, mais qui deviennent à force réductrices et gênantes.

Le harcèlement de rue ne semble pas exister à Londres, ou du moins je n’en ai pas encore subi les frais. Peut-être que je ne suis pas au goût des anglais, qui sait ?

Là bas, j’ai arrêté de me cramponner à mon sac, et ne regarde plus les gens de travers quand ils osent s’approcher un peu trop près de moi. Je peux enfin marcher dans la rue, ouvrir grand mon sac sans craindre les pick pockets. Je ne dis pas que ces derniers ne sévissent pas à Londres, mais disons que l’on sait où les trouver : sur Oxford Street, ou les Champs Elysées anglais. En dehors de cette artère, on peut marcher tranquille… ou presque ! La vigilance reste de mise, même dans une ville aussi safe que Londres ! Dans le pire des cas, les caméras CCTV installées dans les rues et transports en commun sont là pour veiller sur nous…

 

Paris, ville morte ?

Londres est une ville qui ne dort jamais… Pas même le jour du Seigneur ! Si à Paris trouver un supermarché ouvert après 14h le dimanche est mission impossible, dans la capitale anglaise c’est plutôt le contraire qui serait surprenant. Là bas, tous les magasins sont ouverts jusqu’à environ 23h le soir en semaine, et jusqu’à 18 heures le dimanche. Certains font même du 24heures sur 24, 7 jours sur 7. Encore un fossé qui se creuse avec la capitale française, où le repos dominical est obligatoire, même pour ceux qui ont envie de travailler tous les jours de la semaine !

Si à Paris mes dimanches se résumaient à des films sous la couette, à Londres c’est branle-bas de combat : shopping, festivals, musées… le nombre d’activités pullule en fin de semaine. De quoi chasser le fameux blues du dimanche soir !

En brassant différentes cultures, Londres est devenue une ville polyglotte où la barrière de la langue n’est plus un problème. Plus de 250 dialectes sont pratiqués chaque jour dans la capitale anglaise, faisant d’elle la ville la plus diversifiée linguistiquement au monde. À côté, Paris a de quoi rougir avec son français, et son anglais plus ou moins baragouiné. A Londres, pas besoin de parler la langue de Shakespeare pour communiquer. On peut très bien prendre son petit déjeuner en français, son déjeuner en japonais, et son dîner en italien ! Le mélange des cultures est aussi à l’origine d’une variété culinaire à nous faire frétiller les papilles. Les marchés ouverts de Portobello ou Shoreditch, où de nombreux stands de street food venus du monde entier ont posé leurs cartons et redoré le blason de la cuisine anglaise qui n’a plus rien à voir avec la fameuse jelly visqueuse !

Londres a en effet réussi à se détacher de ses stéréotypes poussiéreux et s’offre une nouvelle jeunesse grâce aux diverses cultures qui ont su refaçonner l’identité de la capitale. Paris a beau être la plus belle ville du monde, elle reste malheureusement encore trop tournée vers le passé, et risque bien de devenir un jour ou l’autre une ville-musée si elle ne commence pas à se remettre un peu en question…

 

Illustrations : Hélène Garçon

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3 commentaires

  1. Très bon article, mais je me permet juste d’ajouter que depuis le 1 octobre 2015, jeter son mégot par terre à Paris est passible d’une amende de 68€ !
    Alors oui, OK, c’est pas encore parfait, mais Paris essaie de se mettre à jour…
    Personnellement j’ai plutôt l’impression que c’est le « titi parisien » qui ne veut pas changer, et pas se mélanger (ni avec la province, ni avec ceux venus d’ailleurs !) Autour de lui en revanche, de plus en plus de nationalités, de plus en plus de couleurs… Qui font plaisir à voir

    1. Bonsoir Marie,
      Merci pour ton retour !
      J’ai hésité à parler du nouveau décret sanctionnant les fumeurs parisiens négligents, mais il serait en effet peut-être plus juste de le mentionner pour rétablir la balance !
      Concernant la faculté des parisiens de se mélanger aux autres, tout est une question de point de vue. Mes amis parisiens, de différentes couleurs, âges et nationalités n’ont rien des « titi parisiens » et s’accordent tous avec moi pour dire que lier contact dans la capitale n’est pas chose facile tant la société parisienne se divisent par clans et qu’elle n’est pas très ouverte aux nouvelles rencontres en général… Après je ne blâme personne, j’entend bien que les parisiens (et je m’inclus dedans !) ont une réputation à tenir, mais peut-être vaudrait-il mieux polir un peu plus notre image, et dans le bon sens ! 😉

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